Le métier d’opticien : bien plus que « vendeur de lunettes »
Dans beaucoup d’esprits, l’opticien, c’est la personne qui aide à choisir une monture et encaisse la carte vitale. En réalité, c’est un professionnel de santé de proximité, avec une vraie responsabilité sur la vision du patient… et sur le chiffre d’affaires du magasin.
Concrètement, l’opticien-lunetier :
- réalise des examens de vue (dans le cadre légal autorisé),
- conseille sur le choix des verres, traitements, montures en fonction du mode de vie,
- fabrique, monte et ajuste les lunettes et parfois les lentilles,
- explique les remboursements (Sécurité sociale, mutuelles),
- gère parfois le stock, les commandes et une partie de la gestion du point de vente.
C’est donc un métier à la croisée de la santé, de la technique et du commerce. Si vous aimez :
- le contact client,
- la précision manuelle,
- la logique scientifique,
- et que vous n’avez pas peur des chiffres (ventes, marges, remboursements),
la formation d’opticien peut être une excellente porte d’entrée dans le monde de la santé visuelle.
Reste une question clé : par où passer pour y arriver, et à quoi ressemble vraiment le marché derrière le diplôme ?
Les diplômes indispensables pour devenir opticien
En France, le diplôme « central » pour exercer comme opticien est le BTS Opticien-Lunetier (BTS OL). Sans lui, pas de possibilité d’exercer en tant que professionnel de santé responsable dans un magasin d’optique.
Voici les principales voies pour y accéder et se spécialiser.
Le BTS Opticien-Lunetier : la voie royale
Le BTS Opticien-Lunetier se prépare en 2 ans après le bac. Il existe :
- en formation initiale (école ou lycée, avec des stages),
- en apprentissage / alternance (contrat avec un opticien, très apprécié des employeurs),
- en formation continue (pour les adultes en reconversion).
Les profils généralement acceptés :
- Bac général avec spécialités scientifiques (Maths, Physique-Chimie, SVT),
- Bac technologique (ST2S, STI2D, STL),
- plus rarement : Bac pro (par exemple Bac pro Optique-Lunetterie s’il existe dans votre région, ou autres bacs pros avec un bon dossier et une grosse motivation).
Le contenu du BTS OL mélange :
- Sciences : optique géométrique, physiologie de l’œil, anatomie, physique appliquée,
- Technique : montages de verres, prises de mesure, utilisation des appareils de contrôle,
- Relation client : vente, conseil, accueil, suivi des patients,
- Gestion : bases de comptabilité, gestion de stock, marketing du point de vente,
- Réglementation : législation sur les dispositifs médicaux, cadre de la profession.
En termes de charge de travail, ne vous fiez pas au mot « BTS » en pensant que ce sera plus léger qu’une prépa. Les bons BTS OL sont exigeants, avec :
- un volume d’heures important,
- beaucoup de manipulation en atelier,
- un vrai besoin de rigueur scientifique.
Question fréquemment posée : peut-on devenir opticien sans être « fort » en maths ? Oui, à condition d’accepter :
- de travailler les bases (calculs, optique),
- d’être à l’aise avec les formules et la logique,
- et de compenser par de la méthode et de l’entraînement.
Alternance, initial, reconversion : quelle formule choisir ?
Pour un même BTS OL, le choix du mode de formation va changer votre quotidien et vos débouchés.
En alternance (très conseillé si vous voulez être opérationnel et employable rapidement) :
- vous passez une partie de la semaine en entreprise, une partie en centre de formation,
- vous êtes rémunéré, ce qui limite le coût d’études,
- vous développez une expérience concrète : gestion de clients, montages réels, contraintes du magasin,
- vous avez souvent une proposition d’embauche derrière si ça se passe bien.
En formation initiale (lycée/école) :
- vous avez plus de temps pour assimiler la partie théorique,
- vous faites des stages obligatoires (souvent quelques semaines à quelques mois sur les 2 ans),
- vous êtes libre de choisir votre premier employeur à la sortie, sans « attache ».
En reconversion (formation continue) :
- certains centres proposent des parcours adaptés aux adultes, parfois plus condensés,
- avec possibilité de financement (CPF, Transitions Pro, plan de développement des compétences de l’entreprise),
- un atout : une maturité professionnelle qui rassure les recruteurs (surtout pour des postes à responsabilité à moyen terme).
Scénario typique : un candidat en alternance qui s’investit au magasin, apprend vite et s’entend bien avec l’équipe sera très rarement laissé partir à la fin de son BTS. D’où l’intérêt de bien choisir sa structure d’accueil.
Et après le BTS : rester opticien ou continuer les études ?
Avec un BTS OL, vous pouvez entrer directement sur le marché du travail. C’est ce que font beaucoup de diplômés. Mais vous pouvez aussi continuer pour monter en compétences ou vous spécialiser.
Les principales poursuites d’études :
- Licences professionnelles liées à l’optique ou à la santé visuelle :
- optométrie,
- contactologie (lentilles de contact),
- management de point de vente optique.
- Bachelors proposés par certaines écoles d’optique :
- management en optique,
- vision et santé visuelle,
- marketing et commerce de l’optique.
- Spécialisations courtes :
- basse vision,
- enfant et vision,
- posturologie,
- nouvelles technologies (lunettes connectées, télé-ophtalmologie).
Pourquoi continuer après un BTS qui permet déjà de travailler ? Pour :
- accéder plus vite à des postes à responsabilité (responsable magasin, responsable régional, formateur),
- vous distinguer sur un marché où beaucoup ont « seulement » le BTS,
- vous spécialiser sur des niches porteuses (lentilles techniques, basse vision, vision de l’enfant, etc.).
À l’inverse, si votre objectif est d’être rapidement autonome en magasin et que les études longues ne vous attirent pas, rester sur le combo BTS + expérience est tout à fait pertinent.
Les débouchés : où travaillent vraiment les opticiens ?
Une fois diplômé, vous n’êtes pas limité à « l’enseigne de centre commercial du coin ». La réalité est plus variée.
Les principaux employeurs :
- Grandes enseignes nationales (franchises, chaînes) :
- avantages : procédures rodées, formation interne, évolution possible (adjoint, responsable magasin, puis multi-sites),
- inconvénients : objectifs commerciaux parfois très ambitieux, sensation de « standardisation » possible.
- Indépendants et petits groupes :
- avantages : polyvalence, proximité réelle avec la clientèle, liberté sur le choix des montures et des marques,
- inconvénients : organisation très variable selon le patron, évolution hiérarchique parfois limitée.
- Laboratoires de verres ou de montures :
- focus plus technique ou commercial B2B (démos, formation des opticiens, conseil technique),
- intéressant pour ceux qui aiment la technique mais pas forcément le travail en magasin toute la journée.
- Hôpitaux, centres de santé, centres ophtalmologiques (encore marginal mais en développement) :
- activités plus médicales (examens de vue, pré-tests pour les ophtalmologistes),
- relations plus fortes avec le corps médical.
Côté emploi, l’optique fait partie des secteurs régulièrement en tension de recrutement dans de nombreuses régions. Concrètement :
- en ville comme en zone rurale, beaucoup de magasins peinent à recruter,
- le taux d’insertion après un BTS OL est élevé,
- un diplômé mobile (prêt à bouger de quelques dizaines de kilomètres) a rarement du mal à trouver un poste.
Sur le plan rémunération, les fourchettes varient selon :
- la région (grandes métropoles vs zones moins denses),
- l’enseigne ou l’indépendant,
- votre ancienneté et vos compétences commerciales.
En début de carrière, on trouve souvent des salaires autour du SMIC à 1 900 € brut, avec parfois des primes sur les ventes. Avec l’expérience, une spécialisation ou un poste de responsable, on peut monter à 2 300 – 2 800 € brut, voire plus dans certains contextes (magasins à très fort chiffre d’affaires, postes de direction, fonctions commerciales chez des industriels).
Évolution de carrière : rester au comptoir ou viser plus loin ?
Se former comme opticien, ce n’est pas se condamner à rester 30 ans à ajuster des montures. Plusieurs trajectoires sont possibles :
- Responsable de magasin :
- pilotage de l’équipe, des objectifs de vente, des stocks,
- interface avec la direction / le franchiseur,
- toujours un peu de clientèle, mais plus de gestion.
- Opticien indépendant :
- création ou reprise de magasin,
- forte part d’entrepreneuriat (business plan, banque, communication locale),
- liberté totale… et risque assumé.
- Spécialiste technique :
- référent en basse vision, contactologie, vision de l’enfant,
- interventions en formation, conférences, réseau de prescripteurs.
- Fonctions commerciales ou formation chez des fabricants :
- démonstration de produits auprès des opticiens,
- accompagnement technique, formation des équipes magasins,
- moins de travail au comptoir, plus de déplacements et de B2B.
La vraie question à se poser dès la formation est donc : voulez-vous être avant tout technicien de la vision, commerçant, manager, ou entrepreneur ? Le BTS OL donne accès à toutes ces options, mais les choix de stages, d’alternance et de poursuite d’études peuvent orienter fortement votre trajectoire.
Le quotidien en magasin : à quoi s’attendre vraiment ?
Un point que les écoles vendent parfois mal : le quotidien d’un opticien, c’est à la fois passionnant et rythmé. Il vaut mieux le savoir avant de signer.
Typiquement, une journée peut inclure :
- l’accueil de clients pressés sur leur pause déjeuner qui veulent « juste un ajustage vite fait »,
- une personne âgée qui a du mal à comprendre les devis et remboursements,
- un jeune très sensible au style de la monture, qui veut « la même que sur Instagram »,
- un montage de verres progressifs complexes à réaliser avec précision,
- des coups de fil à la mutuelle, à l’ophtalmo, aux fournisseurs,
- de la manutention (recevoir les montures, vérifier les commandes, organiser le stock).
Vous devez jongler entre empathie, pédagogie, précision technique, sens commercial… sans oublier les contraintes horaires (samedi travaillé, nocturnes selon les magasins).
C’est un métier où l’on est beaucoup debout, en interaction constante, et où le sens du service est déterminant. Si vous n’aimez ni parler aux gens, ni vendre, ni gérer des situations parfois tendues (réclamation, erreur de commande, problème de remboursement), il faudra réfléchir à des voies plus techniques ou en laboratoire.
Comment se préparer si vous êtes au lycée ?
Si vous êtes encore au lycée et que le métier d’opticien vous attire, vous pouvez agir dès maintenant.
Quelques leviers concrets :
- Choix des spécialités (pour un bac général) :
- gardez au moins une spécialité scientifique (Maths, Physique-Chimie) si possible,
- travaillez vos bases en mathématiques appliquées.
- Stages d’observation (seconde, première) :
- demandez à faire un stage dans un magasin d’optique,
- objectif : voir le réel du métier (horaires, rapport au commerce, diversité de clientèle).
- Prendre contact avec des opticiens :
- allez dans 2 ou 3 magasins différents (enseigne, indépendant),
- posez des questions simples : « Qu’est-ce qui vous plaît le plus ? Le moins ? Quels conseils pour quelqu’un qui veut commencer un BTS ? »
Vous pouvez aussi tester votre appétence via des métiers proches : vente spécialisée, relation client, bricolages de précision (montage, électronique), etc. Cela vous donnera des indices sur la partie du métier que vous aimerez le plus.
Se reconvertir dans l’optique : réaliste ou fantasme ?
De plus en plus d’adultes en reconversion regardent l’optique comme une voie « stable » et « porteuse ». C’est souvent vrai, mais pas miraculeux.
Avant de vous lancer :
- vérifiez que vous êtes à l’aise avec l’idée de reprendre des études scientifiques,
- assumez le fait de repartir parfois à un niveau de salaire débutant, malgré votre expérience précédente,
- projetez-vous dans un travail debout, en magasin, au contact du public.
Les bons signaux :
- vous aimez déjà le contact client dans votre job actuel,
- vous n’êtes pas allergique aux chiffres et à la technique,
- vous voyez la vente comme du conseil, et pas comme du forcing.
Côté finance, pensez à :
- mobiliser votre CPF,
- consulter les dispositifs type Transitions Pro si vous êtes salarié,
- regarder les aides régionales, ou celles des branches professionnelles,
- interroger les centres de formation sur les possibilités de rémunération pendant la formation (contrat pro, alternance, etc.).
Une bonne pratique : avant de déposer un dossier de reconversion, passez une journée complète en immersion dans un magasin d’optique. Pas seulement 30 minutes au comptoir en client. Observez les coulisses, le rythme, les contraintes. Cela évite bien des désillusions.
Comment maximiser vos chances d’être recruté après la formation ?
Diplômé ne signifie pas automatiquement recruté dans la structure qui vous fait rêver. Vous pouvez prendre un peu d’avance.
Pendant votre BTS ou votre formation :
- choisissez vos stages/alternances de manière stratégique :
- une grande enseigne pour apprendre les process,
- un indépendant pour développer votre polyvalence,
- un magasin spécialisé (enfant, sport, luxe) selon vos goûts.
- soignez votre relation avec l’équipe :
- ponctualité, implication, curiosité,
- proposez d’aider sur des tâches variées (vitrine, stock, administratif).
- développez un début de réseau professionnel :
- échangez vos coordonnées avec les opticiens rencontrés,
- créez un profil LinkedIn mentionnant clairement « BTS Opticien-Lunetier en cours ».
Exemple de message LinkedIn simple à envoyer à un opticien après un stage :
« Bonjour [Prénom],
Merci encore de m’avoir accueilli(e) en stage dans votre magasin. Cette immersion a confirmé mon envie de travailler dans l’optique, notamment pour [détail précis : la diversité des cas clients, le travail en atelier, etc.].
Je suis actuellement en [1re/2e] année de BTS Opticien-Lunetier et je serai disponible à partir de [date] pour un poste d’opticien(ne) en CDI ou CDD. Si vous entendez parler d’opportunités dans votre réseau, je serais ravi(e) d’en discuter.
Bien à vous,
[Prénom Nom] – [coordonnées]
Beaucoup de recrutements se font par réseau et recommandations. Vous avez tout intérêt à laisser une bonne impression dès vos premières immersions.
3 actions à tester dès cette semaine si l’optique vous intéresse
Pour ne pas en rester à la théorie, voici trois actions simples à mettre en pratique dès maintenant.
- Action 1 : Parler à 2 opticiens différents
- Entrez dans deux magasins (une grande enseigne et un indépendant) et posez-leur 3 questions :
- « Quel est le plus gros avantage de ce métier pour vous ? »
- « Quel est le plus gros inconvénient ? »
- « Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui va rentrer en BTS OL ? »
- Comparez les réponses, voyez si elles confirment ou non votre projet.
- Entrez dans deux magasins (une grande enseigne et un indépendant) et posez-leur 3 questions :
- Action 2 : Tester votre appétence scientifique et relationnelle
- Reprenez un chapitre de physique sur la lumière ou l’optique (niveau lycée) et voyez si la logique vous parle,
- en parallèle, mettez-vous dans une situation de vente ou de conseil (aider un proche à choisir un équipement, un produit, un service) et observez si cela vous stimule ou vous épuise.
- Action 3 : Cartographier les formations et opportunités près de chez vous
- Listez les lycées/écoles qui proposent un BTS OL dans votre région,
- repérez les magasins susceptibles d’accueillir des alternants ou des stagiaires,
- contactez-en au moins un pour demander :
- s’ils prennent des stagiaires/alternants,
- quels critères ils regardent en priorité chez un jeune opticien.
En quelques jours, vous aurez une vision beaucoup plus concrète de la formation d’opticien, de ses débouchés et de ce que cela implique réellement au quotidien. C’est à partir de là que vous pourrez décider si ce métier mérite que vous y investissiez vos deux (ou trois) prochaines années… et bien plus.

