90 000 € brut par an, ça sonne bien sur une offre d’emploi. Mais une fois les cotisations et l’impôt passés par là, qu’est-ce que ça donne vraiment sur votre compte en banque ? Et surtout : est-ce un bon salaire pour votre poste, votre ville, votre niveau d’expérience ?
Dans cet article, on va décortiquer un 90 000 € brut/an « à la française », en regardant :
- Ce que ça représente en net avant impôt
- Ce qu’il vous reste après impôt sur le revenu
- Les écarts selon que vous soyez cadre, non-cadre, en province ou à Paris
- Les pièges classiques des offres « 90K package »
- Comment utiliser ces chiffres pour (mieux) négocier votre salaire
90 000 € brut, ça veut dire quoi concrètement ?
Quand un recruteur vous parle de « 90K brut », il parle presque toujours de rémunération brute annuelle, c’est-à-dire :
- Votre salaire de base brut
- Éventuellement un 13e mois (parfois inclus dedans, parfois en plus)
- Quelques primes fixes (ancienneté, etc.) si elles sont garanties
Dans la majorité des cas, 90 000 € brut/an, c’est simplement :
- 7 500 € brut par mois sur 12 mois
On va partir de cette base-là pour les calculs, puis regarder les variantes (13e mois, variable, bonus…).
De 90 000 € brut à net avant impôt : combien il reste vraiment ?
En France, entre le brut et le net, il y a les cotisations sociales salariales. Pour un salarié du privé, on peut retenir les ordres de grandeur suivants :
- Cadre dans le privé : environ 23 à 25 % de charges salariales
- Non-cadre : autour de 20 à 23 %
Sur un salaire de ce niveau, vous êtes quasiment toujours considéré comme cadre, donc prenons un taux moyen de 24 % pour illustrer.
Calcul rapide :
- Salaire brut mensuel : 7 500 €
- Charges salariales (≈ 24 %) : 1 800 €
- Net avant impôt : ≈ 5 700 € par mois
Sur l’année, ça vous donne :
- ≈ 68 400 € net avant impôt
Évidemment, ce n’est pas un chiffre absolu. Ça varie selon :
- Votre convention collective
- Votre statut (cadre, assimilé cadre, non-cadre)
- Votre mutuelle, prévoyance, tickets restaurant, etc.
Mais dans la vraie vie, à 90K brut/an en CDI privé, vous tournerez autour de 5 500 € à 5 800 € net mensuel avant impôt.
Et après impôt sur le revenu, il reste quoi ?
C’est là que beaucoup de candidats se font surprendre. Depuis le prélèvement à la source, vous ne voyez plus un gros virement des impôts une fois par an, mais une ligne « impôt sur le revenu » tous les mois sur votre bulletin.
Pour estimer le net après impôt, on part du revenu brut imposable. En pratique, l’administration fiscale applique un abattement de 10 % pour frais professionnels sur votre revenu brut (sauf si vous choisissez les frais réels).
À 90 000 € brut, ça donne :
- Revenu imposable ≈ 90 000 € – 10 % = 81 000 €
En utilisant le barème progressif actuel pour une personne seule, sans enfant, avec un seul revenu (situation standard pour l’exemple), on obtient un impôt annuel de l’ordre de :
- ≈ 17 500 à 18 000 € d’impôt sur le revenu par an
- Soit environ 1 450 à 1 500 € par mois
En reprenant notre net avant impôt ≈ 5 700 € :
- Net après impôt mensuel ≈ 5 700 € – 1 500 € = ≈ 4 200 €
Donc, pour un célibataire sans enfant, 90K brut/an, dans la majorité des cas, c’est :
- ≈ 5 500 à 5 800 € net avant impôt
- ≈ 4 000 à 4 300 € net après impôt
Maintenant, si vous êtes en couple, avec enfants, avec des déductions spécifiques (crédit d’impôt, garde d’enfants, dons, etc.), l’impôt baisse et le net après impôt remonte. L’ordre de grandeur reste néanmoins : plus de 2 000 € envolés chaque mois entre cotisations et impôt.
Cadre, non-cadre, public, privé : pourquoi les montants varient ?
À salaire brut égal, vous pouvez avoir des écarts de plusieurs centaines d’euros sur le net selon votre statut et votre secteur. Quelques cas concrets :
Cas 1 : Cadre du privé à 90 000 € brut/an
- Brut mensuel : 7 500 €
- Net avant impôt : ≈ 5 600 à 5 800 €
- Net après impôt (célibataire, sans enfant) : ≈ 4 100 à 4 300 €
Cas 2 : Non-cadre (plus rare à ce niveau, mais possible, par exemple en commercial avec forte ancienneté)
- Charges salariales légèrement inférieures
- Net avant impôt un peu plus élevé : ≈ 5 800 à 6 000 €
- Impôt sur le revenu : peu ou pas de différence (c’est le brut qui compte)
Cas 3 : Secteur public (fonction publique, assimilé)
- Grille salariale, primes variables, cotisations différentes
- À brut égal, le net est souvent légèrement différent, mais ce niveau de salaire est moins fréquent
Morale : ne comparez jamais un brut privé et un brut public sans regarder les détails. Et même dans le privé, ne vous fiez pas aux comparaisons rapides entre collègues sans avoir vos bulletins sous les yeux.
Et le fameux « package 90K », on en parle ?
Autre subtilité fréquente dans les offres d’emploi : le « package ».
Un recruteur peut vous dire « le package est à 90K », ce qui ne veut pas forcément dire 90 000 € de salaire brut fixe. La somme peut inclure :
- Une partie fixe (par exemple, 70 000 €)
- Une partie variable (10 000 à 20 000 €, souvent conditionnée à des objectifs)
- Des avantages non monétaires (voiture de fonction, intéressement, participation…)
Deux scénarios très fréquents sur le terrain :
Scénario A : 90 000 € de fixe
- Brut annuel garanti : 90 000 €
- Net avant impôt mensuel : ≈ 5 700 €
- Variable éventuel : en plus, vraiment bonus
Scénario B : 70 000 € fixe + 20 000 € variable « cible »
- Brut annuel garanti : 70 000 € (soit ≈ 5 830 € brut/mois)
- Net avant impôt mensuel garanti : plutôt ≈ 4 400 à 4 600 €
- Les 20K de variable : rarement touchés à 100 %, surtout les premières années
Vous comprenez pourquoi il est vital de demander « On parle de 90K de fixe, ou package fixe + variable ? ». Un package mal compris peut faire une différence de plus de 1 000 € nets par mois dans votre budget réel.
Coût de la vie : 4 200 € net, ce n’est pas la même chose à Paris ou à Lyon
90 000 € brut/an, sur le papier, c’est un excellent salaire. Mais votre pouvoir d’achat réel dépend énormément de votre lieu de vie.
À Paris / région parisienne, avec 4 000 à 4 300 € net par mois :
- Loyer d’un T2/T3 correct : 1 200 à 1 800 € (voire plus selon les quartiers)
- Transports, restos, coût global du quotidien plus élevés
- Épargne possible, mais très dépendante de votre style de vie
En grande ville de province (Lyon, Nantes, Bordeaux, Lille…) :
- Loyer équivalent : 800 à 1 200 € pour un bon niveau de confort
- Charges et dépenses courantes plus raisonnables
- Capacité d’épargne bien supérieure à salaire égal
C’est d’ailleurs un point que de plus en plus de candidats utilisent en négociation : accepter un salaire légèrement inférieur à 90K, mais avec un télétravail massif ou une localisation moins chère, revient parfois à gagner plus en net disponible chaque fin de mois.
90 000 € brut en indépendant : attention au faux ami
Autre comparaison piégeuse : le salarié à 90K brut/an versus le freelance qui « facture 90K par an ».
Si vous êtes en portage salarial ou en micro / société, les calculs n’ont plus rien à voir :
- Ce que vous facturez n’est pas votre salaire, mais le chiffre d’affaires de votre activité
- Vous devez retirer : charges sociales, frais professionnels, impôts, assurance, parfois intercontrats non facturés…
Un freelance qui facture 90 000 € de chiffre d’affaires annuel se retrouvera souvent avec un revenu net réellement disponible inférieur à celui d’un salarié à 90K brut, surtout sans ancienneté ni gros volume de jours facturés.
À l’inverse, un freelance expérimenté qui facture, par exemple, 500 à 600 € par jour sur 180 jours par an, dépasse largement les 90K de CA et peut dégager plus de revenu net qu’un salarié. Mais ce n’est plus la même prise de risque, ni les mêmes protections.
90 000 € brut : bon, moyen, élevé pour votre métier ?
Autre question que je rencontre souvent en coaching : « On me propose 90K, est-ce que je suis bien payé ou pas ? »
La réponse dépend de plusieurs paramètres :
- Votre métier : 90K pour un développeur senior à Paris, ce n’est pas la même chose que 90K pour un chef de projet dans une petite structure en province
- Votre niveau d’expérience : à 5 ans d’expérience, 90K, c’est très haut de marché dans la plupart des secteurs ; à 20 ans, pas toujours
- Votre secteur : banque, conseil, tech paient souvent plus que industrie traditionnelle ou associations
- Votre rôle : management d’équipe, responsabilités budgétaires, exposition direction…
Pour savoir si 90K est un bon niveau pour vous, appuyez-vous sur :
- Les études de salaire des cabinets de recrutement de votre secteur
- Les retours de pairs (LinkedIn, anciens collègues, groupes métiers)
- Les offres concurrentes visibles (même si toutes ne publient pas le salaire)
La bonne question à se poser n’est pas seulement « 90K brut, ça fait combien en net ? », mais aussi : « 90K, est-ce que ça rémunère justement mes compétences, mon marché et mes responsabilités ? »
Comment utiliser ces chiffres en entretien et en négociation salariale
Savoir que 90K brut ≈ 5 700 € net avant impôt ≈ 4 200 € après impôt, ce n’est pas juste de la curiosité mathématique. C’est un outil de négociation.
Quelques usages très concrets :
- Clarifier le fixe vs variable
Exemple de phrase à utiliser en entretien :
« Pour être sûr qu’on se comprend bien, quand vous parlez d’un package à 90K, on est sur combien de fixe garanti, et combien de variable ? »
- Ramener la discussion au net avant impôt
Sans demander au recruteur de vous faire le calcul (ce n’est pas son rôle), vous, vous savez que 80K brut, ce n’est pas du tout la même chose que 90K en net réel. Ça vous évite de céder trop vite à une baisse de brut, sous prétexte que « c’est juste 10K de différence ».
- Argumenter avec des ordres de grandeur
Par exemple :
« À 90K brut, je suis autour de 5 700 € net avant impôt. Vu le niveau de responsabilités et le marché actuel sur ce type de poste, je vise plutôt cette fourchette. »
Autrement dit : ne négociez pas à l’aveugle. Vous devez savoir à quoi correspond chaque tranche de brut en net réel, au moins à 200 ou 300 € près.
Trois actions à tester dès cette semaine
Pour ne pas laisser ces chiffres dans un coin de votre tête, voici trois actions simples à mettre en pratique dans les jours qui viennent.
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Vérifier votre propre ratio brut / net
Prenez votre dernière fiche de paie :- Notez votre brut mensuel
- Notez votre net avant impôt
- Calculez le pourcentage de charges salariales (différence / brut)
Vous verrez instantanément où vous vous situez par rapport aux ordres de grandeur évoqués ici.
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Simuler un salaire à 90 000 € brut
Utilisez un simulateur officiel ou un site spécialisé salaire brut/net :- Entrez 90 000 € brut/an
- Indiquez votre situation (célibataire/couple, enfants, etc.)
- Comparez le net obtenu avec votre situation actuelle
Cela vous donnera une base réaliste pour une future négociation ou une mobilité externe.
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Préparer une phrase de clarification pour vos prochains entretiens
Écrivez noir sur blanc la phrase que vous utiliserez pour clarifier le salaire proposé (fixe, variable, 13e mois). Par exemple :« Pour que je puisse me projeter, est-ce que vous pouvez détailler la part fixe annuelle, la part variable cible, et me confirmer si un 13e mois est inclus ou non dans les 90K annoncés ? »
Gardez-la dans un coin de votre bloc-notes ou de votre appli de prise de notes, et ressortez-la systématiquement.
Vous saurez alors, chiffres à l’appui, si un « 90 000 € brut » vaut vraiment le changement de job, de ville… ou d’exigences.














