Vous envoyez des CV, vous avez parfois des réponses, mais globalement les entretiens ne tombent pas aussi souvent que vous l’espériez. Dans beaucoup de cas, le problème ne vient ni de votre profil, ni du marché… mais de 5 erreurs classiques qui font fermer votre CV après 10 secondes de lecture.
En tant qu’ancien recruteur en cabinet, je peux vous garantir une chose : ces erreurs reviennent tous les jours, chez des juniors comme chez des cadres expérimentés. La bonne nouvelle, c’est qu’elles se corrigent rapidement, si vous savez exactement quoi changer.
Le CV « passe-partout » envoyé à tout le monde
C’est probablement l’erreur la plus fréquente : un seul CV pour toutes les offres, tous les secteurs, tous les postes. Résultat : un document tiède, où le recruteur ne voit pas clairement en quoi vous correspondez à SON besoin.
Dans un cabinet, nous recevions des dizaines de CV par jour. Ce qui faisait la différence ? Les CV où, en 5 secondes, on comprenait :
- Le métier ciblé
- Le secteur visé
- Pourquoi cette personne est pertinente pour ce poste
Un CV générique envoie le message inverse : « Je postule partout, à tout, sans priorité. » Et un recruteur n’a pas le temps de deviner là où vous pourriez convenir.
Quelques signaux typiques d’un CV trop généraliste :
- Aucun titre de CV ou un titre flou : « Profil polyvalent », « Jeune diplômé motivé »
- Un même CV envoyé pour des postes de commercial, de chargé de clientèle et de gestionnaire ADV
- Pas une seule fois le nom du métier exact de l’offre dans votre CV
À l’inverse, un CV ciblé pour un poste donné ressemble à ceci :
- Titre clair en haut : « Chargé de recrutement IT – 3 ans d’expérience »
- Résumé de 3–4 lignes centré sur le poste visé (types de profils recrutés, outils utilisés, résultats obtenus)
- Les expériences réorganisées pour faire remonter celles qui sont les plus proches du poste
Non, cela ne veut pas dire recréer un CV complet à chaque fois. Cela veut dire adapter :
- Le titre
- Le résumé de profil
- Quelques mots-clés dans vos missions et compétences
Si vous ne ciblez pas, vous multipliez les envois… mais vous divisez vos chances d’obtenir un entretien.
Un CV illisible : trop chargé, mal structuré, impossible à scanner
Deuxième grande cause d’abandon : le CV illisible. Les recruteurs passent en moyenne entre 20 et 40 secondes sur un CV en première lecture. Si on ne peut pas le « scanner » rapidement, il part en bas de la pile.
Trois problèmes reviennent en boucle :
- Police trop petite ou fantaisiste
- Blocs de texte sans aération, pavés de 10 lignes
- Informations clés (poste, entreprise, dates) difficiles à repérer
Scénario typique :
Vous : « J’ai tout mis, tout expliqué, c’est super complet. »
Recruteur : « Je ne trouve pas son poste actuel, je ne vois pas les dates, je passe au suivant. »
Votre CV doit être lisible en diagonale. Concrètement :
- Hiérarchisez : les rubriques principales (Expériences, Formation, Compétences) doivent se repérer immédiatement.
- Standardisez : utilisez une police simple (Arial, Calibri, Verdana), taille 10 ou 11 pour le texte, 12–14 pour les titres.
- Épurez : limitez-vous à 2 couleurs maximum, pas de fonds sombres avec texte blanc illisible à l’impression.
- Aérez : 3 à 5 bullet points par expérience, pas de paragraphe continu.
Exemple de transformation d’un passage illisible :
Avant :
« Responsable de plusieurs projets digitaux, j’ai été amené à gérer des plannings, coordonner des équipes, gérer des budgets, suivre les prestataires, faire des reportings, former les utilisateurs, assurer la communication interne et externe, tout en respectant les délais impartis et la qualité attendue. »
Après :
- Pilotage de 5 projets digitaux (budgets 20–80 K€) de la conception au déploiement
- Coordination d’une équipe projet de 6 personnes (marketing, IT, prestataires)
- Réduction moyenne des délais de livraison de 15 % sur 2 ans
Le fond est le même, la lisibilité n’a rien à voir.
Décrire des tâches… au lieu de montrer des résultats
Troisième erreur : le CV qui ressemble à une fiche de poste. Vous listez ce que vous deviez faire, mais pas ce que vous avez réellement apporté.
Différence :
- Tâche : « Gérer un portefeuille clients »
- Résultat : « Gestion d’un portefeuille de 80 clients BtoB, +18 % de CA en 2023 »
Un recruteur ne cherche pas un exécutant de tâches, il cherche quelqu’un qui crée de la valeur. Même sans chiffres spectaculaires, vous avez forcément des éléments concrets à mettre en avant :
- Des volumes : nombre de dossiers suivis, de clients, de projets, de sites, de collaborateurs formés…
- Des évolutions : réduction des erreurs, amélioration du délai, augmentation de la satisfaction, baisse des coûts…
- Des responsabilités croissantes : supervision, autonomie, périmètre élargi…
Exemples de reformulation :
- Avant : « Accueil des clients et gestion des appels »
Après : « Accueil quotidien de 40 à 60 clients, traitement d’environ 80 appels/jour, temps d’attente réduit de 25 % grâce à une nouvelle organisation de l’accueil » - Avant : « Saisie des factures et suivi des paiements »
Après : « Saisie et contrôle de 300+ factures/mois, suivi des relances, réduction des retards de paiement de 20 % en 1 an »
Si votre CV ne montre pas l’impact de votre travail, il devient neutre… donc très facilement remplaçable par celui d’un autre candidat.
Les mots creux, le jargon et les qualités « fourre-tout »
Quatrième erreur : empiler les adjectifs flatteurs et le jargon à la mode. Sur le papier, ça brille. En réalité, ça n’aide pas le recruteur à se faire une idée de vous.
Quelques « classiques » vus des centaines de fois :
- « Dynamique, rigoureux, motivé, organisé, autonome, bon relationnel »
- « Vision 360°, mindset agile, leadership naturel, think out of the box »
- « Stratégique et opérationnel à la fois » (sans preuve derrière)
Le problème n’est pas d’être rigoureux ou motivé. Le problème, c’est que tout le monde l’écrit. Vous n’êtes donc pas différencié.
À la place, ancrez vos qualités dans du concret :
- Vous êtes « organisé » ? Mentionnez comment vous gérez les priorités, les outils que vous utilisez, ou un exemple de gain de temps.
- Vous avez un « bon relationnel » ? Parlez de la typologie de vos interlocuteurs (direction, clients, fournisseurs, équipes terrain…).
- Vous avez un « leadership naturel » ? Indiquez combien de personnes vous avez encadrées, coachées, formées, même de façon informelle.
Exemples de réécriture :
- Avant : « Bon relationnel, à l’aise avec tout type d’interlocuteur »
Après : « Interface quotidienne entre les équipes commerciales, la production et 3 principaux fournisseurs européens » - Avant : « Leadership et esprit d’équipe »
Après : « Référent métier pour une équipe de 10 conseillers, accompagnement des nouveaux arrivants sur les 3 premiers mois »
Pour le jargon, posez-vous cette question : une personne extérieure à votre métier, mais intelligente, comprendrait-elle ce que vous faites en vous lisant ? Si la réponse est non, simplifiez.
Un CV efficace doit être compris :
- Par un recruteur généraliste
- Par un manager opérationnel
- Par un DRH qui survole rapidement
Si vous noyez vos compétences dans des buzzwords, vous perdez tout le monde en route.
Les incohérences, trous non expliqués et infos douteuses
Cinquième erreur : donner l’impression que quelque chose cloche. Parfois le fond est bon, mais la forme déclenche des signaux d’alerte chez le recruteur.
Les principaux « drapeaux rouges » :
- Trous de plusieurs mois ou années sans aucune explication
- Dates qui ne s’alignent pas (deux postes qui se chevauchent, années manquantes)
- Postes aux intitulés « gonflés » qui ne collent pas au niveau d’expérience
- Diplômes présentés de manière ambiguë (on ne comprend pas si vous l’avez obtenu ou non)
Exemple de trou problématique :
2019–2021 : Chargé de clientèle – Entreprise X
2017–2018 : Assistant commercial – Entreprise Y
Et rien entre 2018 et 2019. Le recruteur va se poser la question. Si vous ne dites rien, il imagine le pire. Votre rôle, c’est de piloter le récit de votre parcours, pas de laisser place aux suppositions.
Quelques manières simples d’assumer ces périodes :
- « 2018–2019 : Formation intensive en développement web (autoformation + projets personnels) »
- « 2018–2019 : Année de césure – voyage et missions de bénévolat (France / étranger) »
- « 2018–2019 : Projet de création d’entreprise (étude de marché, premiers clients, arrêt du projet en 2019) »
Pour les diplômes, soyez clair :
- Diplôme obtenu : « 2022 – Master 2 Marketing digital – Université X (obtenu) »
- Non obtenu : « 2022 – Master 2 Marketing digital – Université X (année non validée) »
Une erreur très fréquente : gonfler un titre de poste. Transformer « Assistant RH » en « HR Business Partner » parce que ça sonne mieux. Problème : à l’entretien, ça se voit immédiatement. Vous perdez en crédibilité, parfois définitivement.
Un CV n’est pas un exercice de fiction. Mieux vaut un parcours honnête, assumé, légèrement « bancal » mais cohérent, qu’un storytelling brillant qui s’effondre à la première question précise.
À quoi ressemble un CV qui donne envie d’appeler ?
Si on croise tout ce qu’on vient de voir, un CV qui décroche des entretiens a généralement ces caractéristiques :
- Un titre clair aligné sur le poste visé
- Un résumé de profil de quelques lignes, concret et ciblé
- Des expériences structurées : poste, entreprise, dates, contexte + missions + résultats
- Des compétences lisibles : techniques, outils, langues, avec des niveaux crédibles
- Une mise en page sobre, facilement scannable en 20 secondes
- Aucune incohérence majeure non expliquée
Un recruteur devrait pouvoir répondre, rien qu’en lisant votre CV :
- Quel métier vous visez
- Dans quel type d’environnement vous avez déjà évolué
- Ce que vous savez faire concrètement
- Quels résultats vous avez déjà obtenus
Si ce n’est pas le cas aujourd’hui, ce n’est pas votre profil qui est « mauvais ». C’est votre CV qui ne raconte pas la bonne histoire.
Trois actions à faire cette semaine pour améliorer votre CV
Pour ne pas rester au stade « bonnes résolutions », voici trois actions rapides et concrètes à faire dans les prochains jours.
- Action 1 – Clarifier votre cible en une phrase.
Écrivez, en haut de votre CV, un titre précis du type : « Assistant comptable – première expérience en cabinet » ou « Responsable d’équipe service client – secteur e-commerce ». Si vous hésitez entre 4 métiers… c’est que le problème n’est pas (que) votre CV, c’est votre cible. - Action 2 – Transformer vos tâches en résultats.
Choisissez deux expériences récentes. Pour chaque bullet point actuel, demandez-vous : « Comment je prouve ça ? », « Quel volume ? », « Quelle évolution ? ». Reformulez au moins 5 lignes de votre CV avec des chiffres ou des impacts concrets. - Action 3 – Faire un crash-test lisibilité.
Envoyez votre CV à une personne qui ne connaît pas bien votre métier (ami, collègue d’un autre service, proche). Donnez-lui 30 secondes, pas plus, puis posez trois questions :
- « Quel poste tu penses que je recherche ? »
- « Qu’est-ce qui t’a sauté aux yeux en premier ? »
- « Qu’est-ce qui n’est pas clair ou que tu n’as pas compris ? »
Intégrez ses retours, même si ça pique un peu. Un recruteur aura la même lecture qu’elle ou lui… mais ne prendra pas le temps de vous faire un feedback.
Un CV ne décroche pas un poste, il décroche un entretien. En éliminant ces 5 erreurs classiques, vous ne devenez pas « le candidat parfait », mais vous redevenez visible, lisible, crédible. Et souvent, c’est exactement ce qu’il manque pour passer de candidatures silencieuses à des échanges concrets avec des managers et des recruteurs.














